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Le marin , la carte et l’ingénieur

Le marin , la carte et l’ingénieur La carte nautique et ses usages (1830-1880)
SUP 2024 398 pages dont 15 pages d’annexes,, 83 illustrations
L’auteure Isabelle Delumeau, docteur en histoire, enseigne à l’Ecole navale.
L’ouvrage se situe sur une période de profondes évolutions politiques ( développement des empires coloniaux européens), technologiques et commerciales. Les méthodes et les enjeux de navigation s’en trouvent bouleversés : avènement des coques métalliques, propulsion à vapeur et vitesses croissantes des navires, concurrence entre compagnies commerciales, présence de flottes militaires sur tous les océans ; sans omettre les expéditions scientifiques au sein desquelles l’ hydrographie tient une grande place.
La première partie de l’ouvrage – De la mer à la carte– nous introduit à la réalisation des cartes marines et à l’émergence de l’hydrographie moderne. A l’école de Beautemps-Beaupré, les techniques de levé des cartes vont évoluer et se standardiser , avec toujours plus de précision. Un corps d’ingénieurs hydrographes dédié à ces missions se substitue aux officiers savants qui, au gré de leurs missions et du temps dont ils disposaient pour ces tâches, relevaient les côtes fréquentées. Un travail systématique est entrepris pour nos côtes métropolitaines ; les côtes ultramarines levées en priorité sont celles de Terre-Neuve et de l’empire colonial en développement. Les ouvrages sont gérés par le «Dépôt général des cartes et plans de la Marine» qui en supervise la réalisation, en assure l’entreposage et la distribution ; il peut aussi s’approvisionner en cartes étrangères, surtout anglaises, reconnues de grande qualité.
On notera dans cette partie la précision et l’exhaustivité des travaux des hydrographes cités et l’évocation de points concrets entravant parfois les développements souhaités tels que personnels et budgets insuffisants.
La seconde partie – Le marin et la carte – rend compte de l’usage de la carte qu’en font les navigants dans un contexte d’évolution des navires et des instruments et des méthodes de navigation. La première étape en est l’acquisition, via des libraires fournis par le Dépôt pour les armements commerciaux, premier marché, ou par dotation pour les navires de l’Etat. Leur usage peut en révéler les imperfections, les problèmes de sécurité qui en découlent et les obligations de mises à jour. La pratique de la carte s’intègre aux progrès des instruments – loch à hélice, nouvelles sondes, compensation des compas – et des méthodes de navigation, estime et navigation astronomique. La navigation côtière est, elle-même, modifiée. La carte et le relevé des amers par diverses règles-rapporteurs permettent de faire sa route et de se passer de pilote. Enfin, la lente évolution de l’ergonomie de la fonction navigation aboutit à la création de cabines des cartes voisinant le poste de navigation et le compas de route.
L’ouvrage, très détaillé et complet, bien illustré de cartes, plans et objets, est vivant et passionnant. Il traduit le concret de l’hydrographie et de la navigation à cette époque et, nonobstant les développements contemporains, ce que nous leur devons encore.
DG