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L’amiral de Grasse et l’Indépendance américaine

9 juillet - 8h00 à 17h00

Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski, L’amiral de Grasse et l’Indépendance américaine – commander en opérations, Sorbonne Université Presses, 2024, 639 pages.

Les deux auteurs précités ont rédigé l’essentiel de cet ouvrage, sauf deux chapitres écrits en collaboration avec deux autres auteurs et un chapitre qui apporte le point de vue d’un marin d’aujourd’hui, l’amiral Christophe Prazuck, ancien chef d’état-major de la Marine, actuellement directeur de l’Institut de l’Océan de Sorbonne Université. Le titre et le sous-titre sont complémentaires : il ne s’agit pas simplement d’un récit sur le rôle de De Grasse dans l’indépendance américaine mais également d’une étude sur les conditions de commandement des opérations de cette guerre. L’abondance et la diversité de la documentation, sources françaises et anglaises, contribuent à l’intérêt du livre.

Les auteurs qualifient ces opérations de ‘plus grosse projection de forces de la monarchie française’. La mobilité stratégique ne fut pas celle d’une zone mais celle de l’océan. De Grasse sut manier une armée hétérogène à la Martinique puis à la Chesapeake mais en perdit ensuite le contrôle à la bataille des Saintes.

Dès le départ, on sort de l’habituel : le 22 mars 1781 (plus beau jour de toute l’histoire de la marine française, se demandent les auteurs) l’armée navale de vingt vaisseaux et trois frégates, celle du comte de Grasse, appareille pour les Antilles avec un convoi d’au moins cent-cinquante transports tandis qu’une escadre de cinq vaisseaux, celle de Suffren, part pour l’océan Indien. Ces départs concomitants illustrent la stratégie des ministres de Louis XVI avec une vision globale (au sens géographique) de leur politique étrangère.

Un des premiers enjeux avant le départ avait été celui d’organiser le mouillage, l’approvisionnement et l’appareillage de ces bateaux, celui-ci en moins de douze heures. Pour la navigation et la suite des opérations, une des difficultés fut celle de la disparité entre l’âge et l’état des navires : sur vingt vaisseaux, les dates de construction allaient de 1752 à 1780 et seulement la moitié avaient une coque doublée en cuivre permettant, notamment, une marche plus rapide. Autre difficulté, celle résultant du nombre de personnes se trouvant à bord : aux marins, environ dix-sept mille hommes, il faut ajouter les troupes embarquées, ce qui donne un total de plus de vingt mille hommes qu’il faut loger, nourrir pendant la traversée. Les vaisseaux étaient répartis entre deux escadres, bleue et blanche, composées de bateaux doublés et non-doublés afin de maintenir la cohésion de l’ensemble. Ces deux escadres étaient dans des chaînes de commandement qui ont varié selon les nécessités des opérations.

Ces bateaux devaient pouvoir communiquer entre eux, ne serait-ce que pour recevoir les ordres concernant la navigation ou le combat. Un système dit de Tourville donnait à chaque signal une signification que l’on comprenait en consultant un livre d’ordre et de signaux, édité pour chaque campagne afin de protéger le secret. Le malouin Bourdé de Villehuet proposa un système avec dix pavillons, numérotés de 1 à 10, pouvant être hissés par deux ou trois afin de composer des chiffres allant de 1 à 999. Un dictionnaire permettait de connaître la signification du signal. Ce système fut refusé dans un premier temps, remarqué par la marine anglaise qui l’utilisa à la fin de la guerre d’Amérique, puis généralisé à l’ensemble des marines. Une des qualités de l’ouvrage est celle de la documentation auprès des sources françaises et anglaises : par exemple les relevés concernant la vitesse et l’orientation du vent, notés dans les journaux de bord britanniques font l’objet de cartes. On peut ainsi comprendre les décisions concernant, à la bataille des Saintes (de triste mémoire) l’évolution des flottes. Mentionnons une superbe iconographie : cartes d’époque, notamment celles de la baie de la Chesapeake, portraits des principaux protagonistes, éphémérides nautiques, etc. Le travail des auteurs s’est poursuivi dans l’ouvrage Sea power ? De Grasse et Vaudreuil, durer en opérations qui fera l’objet d’une recension ultérieure.

La dédicace de ce livre est faite « aux dauphins » !

A.V.

Détails

  • Date : 9 juillet
  • Heure :
    8h00 à 17h00
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