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Gilles FOUCQUERON, Encyclopédie de Saint-Malo, Saint-Malo, Éditions Cristel, 2025, 2 tomes, coffret illustré par Alain Bailhache, préface de Paul Germain, 2093 p

13 avril

Gilles FOUCQUERON, Encyclopédie de Saint-Malo, Saint-Malo, Éditions Cristel, 2025, 2 tomes, coffret illustré par Alain Bailhache, préface de Paul Germain, 2093 p.

Les malouins sont fiers de leur ville, c’est une évidence ! Si quelqu’un s’annonce malouin, il doit le prouver. Quand c’est le célèbre acteur canado-américain Jim Carrey qui déclare « Je suis Malouin ! », lors de la 51ème édition de la cérémonie des César du cinéma, on attend et d’en savoir plus. Avec son accent d’outre Atlantique il précise qu’il y a environ 300 ans, son ancêtre, Jean-Baptiste Carré quittait Saint-Malo pour le Canada. Certains malouins sont restés coi, d’autres sont allés vers leur bibliothèque saisir l’Encyclopédie de Saint-Malo : page 305, ils y ont trouvé Jean-Baptiste Carré, armateur du corsaire Devin-du-Village, en 1757, et du Comte-des-Victoires en 1761.
Depuis plus de vingt-six ans, l’auteur, Gilles Foucqueron, est constamment consulté pour retracer le passé prestigieux de la ville, renseigner journalistes ou reporters sur des personnages ou des lieux. Les reportages télévisés ne manquent pas de le solliciter et les demandes de conférences sont nombreuses. Pourtant, Gilles Foucqueron ne se qualifie pas d’historien : il précise qu’il a trop de respect pour ceux qui en ont le titre académique. Lui est docteur en médecine. Ce passionné de l’histoire locale de la Côte d’Émeraude est un défricheur du passé, l’historien local par excellence.
Sa famille étant d’origine malouine depuis 1453, il s’est intéressé très tôt à cette implantation territoriale. C’est ainsi, par la généalogie, qu’il a cherché à approfondir sa connaissance en histoire. Déjà en 1972, alors étudiant en première année de médecine, une grève de trois mois paralysant la faculté, il se laisse alors happer par les livres d’histoire ! À côté de ses fiches de médecine, d’anatomo-pathologie et autres, il se constitue des fichiers d’histoire qu’il continuera à enrichir durant toute sa carrière, avec l’aide de l’informatique. Par ailleurs, ses consultations et ses visites à domicile étaient autant d’occasion d’entendre des Malouins parler de leurs familles, de leur quartier, de leurs métiers, de leurs souvenirs, d’événements collectifs comme la seconde guerre, la reconstruction ou la grande pêche. Encore faut-il avoir du temps lorsque l’on est médecin et que l’on travaille de 8h à 21h ! «Mais il me restait le week-end, les soirées, la coupure du midi, mes balades en bateau. Je prenais aussi des notes pendant l’apéritif !».
Son premier intérêt pour un fait historique se porte sur la Libération de Saint-Malo. Étudiant méthodiquement la période il remarque des contradictions et des racontars. Il enquête lui-même, privilégiant le témoignage direct. De cela est sorti un récit, relu par un témoin de la Libération, et qui a fini par être publié en 1984 sous le titre Saint-Malo occupé, Saint-Malo libéré. Suivront, en 1989, Malouin suis, une République sous la Ligue, puis, en 1999, Saint-Malo 2000 ans d’histoire. Ces premiers ouvrages sont édités à compte d’auteur. Il est ensuite accueilli aux éditions Cristel spécialisées dans les publications liées à l’histoire maritime et bretonne, l’histoire littéraire et l’histoire de l’art : L’épopée des malouinières, 2007 ; Saint-Malo, histoire et géographie contemporaine, 2008 (réédité en 2016 aux éditions Ouest-France) ; Saint-Malo en l’Isle, 2011 ; Sur la route de la porcelaine, 2017 ; Jacques Cartier, explorateur du Canada, 2018. Empiriquement, Gilles Foucqueron a appliqué à l’histoire la méthode utilisée dans sa pratique de médecin, en faisant une transposition systématique et fidèle de la clinique. L’examen clinique est fondé sur ce que les manuels appellent la triade hippocratique — observation, raisonnement, savoir —, ce qui correspond exactement aux trois qualités nécessaires au parfait détective, mais aussi à l’historien. La triade hippocratique définit aussi les moments de l’enquête : l’observation détache, fragmente, analyse. Pour l’enquêteur, pour le clinicien, ou l’archéologue, il s’agit de faire surgir, par l’observation et le raisonnement, un objet qui lui est soustrait, caché. Depuis des décennies, Gilles Foucqueron décortique les livres anciens ou récents (sa bibliothèque en compte cinq mille). Cet érudit rigoureux ne s’en tient pas à l’histoire habituellement racontée, mais analyse et exploite la documentation et les archives publiques ou privées. Appréciant l’échange, le partage et le débat, il est très actif dans plusieurs sociétés savantes telles que l’Association Malouine des amis de Cartier (AMAC), qu’il préside et la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo (SHAASM) dont il est administrateur et conférencier.
C’est en 1999 que la renommée de ce clinicien de l’Histoire s’impose. Il publie alors une somme de 1600 pages en deux tomes et 1400 références bibliographiques, intitulée Saint-Malo 2000 ans d’histoire, couronnée l’année suivante par le prix Henri-Vovard de l’Académie de Marine. Très vite, ce succès de librairie apparaît comme l’ouvrage de référence, communément appelé le « Foucqueron » par les Malouins !
Mais, l’édition étant épuisée, le chercheur, à présent retraité, ne pouvait en rester là. En fait, l’ouvrage de 1999 était la préfiguration de celui de 2025, revu, augmenté et corrigé, devenu l’Encyclopédie de Saint-Malo.
Le lecteur, curieux ou chercheur, universitaire ou étudiant, journaliste ou amateur éclairé d’histoire, trouvera des réponses dans ces 2093 pages riches de plus de 10 000 entrées de mots et noms propres. L’éditeur précise que l’encyclopédie couvre toute l’histoire de Saint-Malo, depuis la formation des sols, avant la préhistoire, jusqu’à nos jours. Y figurent tous les noms de lieux, de personnages célèbres ou oubliés, de bateaux qui ont fait l’histoire maritime de la ville, les grands événements marquants, les anecdotes et les légendes qui ont forgé le patrimoine et l’âme de la cité corsaire.
Par rapport à la première édition de nombreuses notices sont apparues, d’autres ont été enrichies. Ainsi celle concernant la traite souligne que ce négoce concerne aussi ce port « Si le trafic des esclaves ne constitue pas l’essentiel des activités malouines, Saint-Malo compte néanmoins un nombre non négligeable de voyages de traite […]. En 150 ans, ce commerce est responsable d’un transfert d’environ 80 000 Africains sur 240 navires ». Les Malouins doivent l’entendre ! Refondue, cette longue notice prend en compte les importantes recherches de l’historien Alain Roman (1941-2019). Celui-ci est mis aussi à contribution pour les rubriques Surcouf, course et corsaires, par ailleurs augmentées de récents travaux universitaires. Dans un registre plus contemporain, la notion de course évolue vers celle de compétition sportive notamment dans le domaine de la course au large où Saint-Malo se forge aussi une réputation avec la Route du rhum depuis 1977 et Québec-Saint-Malo depuis 1984. Cette dernière s’ancre dans l’histoire car elle est créée à l’occasion du 450e anniversaire du premier voyage de Jacques Cartier !
La fonction de cette Encyclopédie est aussi de sortir de l’ombre, ou de maintenir dans la mémoire collective, des Malouins ou des personnes ayant œuvré pour Saint-Malo. Dans la première catégorie, retenons l’historien et chartiste Michel Laclotte (1929-2021), préfigurateur du Musée d’Orsay, directeur du Grand Louvre et grand donateur du Musée des Beaux-Arts de Rennes ; Paul Germain (1920-2009), secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, spécialiste de la mécanique des fluides et en particulier des profils en écoulements subsoniques, acteur majeur de la conception de l’avion supersonique Concorde. Pour illustrer la seconde, retenons André Lespagnol (1943-2020), agrégé et docteur d’État en histoire, dont la thèse dirigée par Jean Delumeau, Messieurs de Saint-Malo : une élite négociante au temps de Louis XIV, a été le socle de ses travaux de recherche sur l’histoire maritime et sur la bourgeoisie marchande de Saint-Malo entraînant de nombreux étudiants, chercheurs, écrivains, à se plonger dans l’histoire de cette ville.

Au fil des pages, si le lecteur veut en savoir plus, l’auteur lui facilite la tâche puisque chaque entrée est référencée et renvoie à ses sources. C’est une importante valeur ajoutée qui permet de constater que l’encyclopédiste a su tirer parti des publications, recherches et travaux de nos sociétés historiques. Ainsi les cent vingt-deux volumes des Annales de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo (de 1900 à 2022) ont été dépouillés, disséqués et exploités, de même que les Bulletins et mémoires de la Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine et les Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne ! Soixante-quatre pages détaillent avec rigueur et précision les sources de toutes les informations données. La bibliographie de soixante-dix pages recense neuf cent soixante-douze ouvrages de référence.

Évidemment notre vénérable Société, attachée au développement de l’histoire malouine depuis 1899, trouve place dans ces pages, la situant dans les acteurs majeurs de la veille mémorielle.

Conscient d’être un maillon de la transmission de notre patrimoine historique, Gilles Foucqueron termine ainsi son introduction : « L’histoire n’est jamais écrite en lettres de marbre. Elle se renouvelle grâce à la curiosité des chercheurs. » Il leur faudra toutefois beaucoup travailler pour rendre obsolète le « Foucqueron » nouveau !
Jean-Luc Blaise

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  • Date : 13 avril
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