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Couleurs Café

Le monde du café à la Martinique du début du XVIIIe siècle aux années 1860
Par Marie HARDY-SEGUETTE
Editions PUR, 2022, 404 pages
L’autrice, Marie Hardy-Seguette, est une historienne actuellement responsable scientifique au Mémorial de la catastrophe de 1902, Fondation Clément, Martinique . Elle a eu pour mentor de thèse Danielle Bégot, professeur émérite de l’université des Antilles, disparue avant la parution de cet ouvrage.
Son étude explore moins l’histoire économique de la production caféière elle-même (objet de la 1ère partie), que la société qui se cache derrière ses rouages, avec une organisation territoriale et sociétale spécifiques à la Martinique (Les exploitants caféiers en 2ème et les esclaves caféiers en 3ème partie). Ses recherches s’appuient principalement sur les actes notariés, sur les recensements et la correspondance administrative. Elle entend ainsi dresser d’une part un vaste panorama dissociant la société caféière martiniquaise de celle des autres îles caribéennes (Saint-Domingue, Guadeloupe, Cuba, Haïti), d’autre part étoffer l’historiographie caféière de l’île, que les chercheurs ont de tout temps délaissée au profit de la thématique sucrière.
Selon elle, la culture du café martiniquais connaît trois phases :
– La première va de1720, date de son implantation dans l’île, à 1788, avec une acmé autour de 1770. La qualité du café martiniquais a excellente réputation, juste après le Moka d’Arabie, et il n’a guère encore de concurrence dans le bassin des îles. Sa production devient vite exponentielle. « L’ habitation » (ou exploitation caféière, selon la sémantique locale) est alors majoritairement propriété d’un Blanc créole, parfois titré, le plus souvent militaire ou en charge d’une fonction sur place. Le revenu en est très confortable.
– La période de la Révolution française puis des guerres napoléoniennes bouleverse la géopolitique européenne : changements de gouvernance et blocus modifient les routes et réseaux commerciaux. Le déclin s’amorce, le café ne trouvant plus ses débouchés métropolitains. C’est une phase de rupture qui va de 1789 à 1815.
– L’organisation ethno-raciale martiniquaise connaît alors de profondes mutations qui s’opèrent bien avant 1848. Le rapport des habitations est devenu décevant car peu lucratif. L’endettement contraint les propriétaires à revendre, les plus aisés se tournant vers le sucre qui assure un statut social bien plus prestigieux. Enfin, conséquences de l’abolition de l’esclavage, les exploitants encore à flot sont privés d’une main-d’œuvre désormais financièrement hors d’atteinte. Nombre de nouveaux libres, de créoles modestes, de femmes à la tête d’un petit capital, voient dès lors dans l’achat d’une habitation caféière une protection. Le milieu caféier va s’en trouver profondément modifié : accessible aux petits blancs et aux gens de couleur, il se démocratise et se resserre sur un groupe respecté mais sans poids économique véritable. L’endogamie sociale perpétue la transmission de modestes exploitations, dépourvues de domesticité, difficilement viables, jusqu’à disparition complète de la filière vers 1860.
D’un point de vue universitaire, la thèse de Marie-Hardy-Seguette est courageuse et sans doute irréprochable : archives minutieusement exploitées, quinze pages de bibliographie ! Mais sa lecture peut essouffler le lecteur, voire l’ennuyer. Car la démonstration de la chercheuse s’appuie sur le dépouillement d’archives notariale d’où elle extrait des amoncellements de tableaux statistiques, de colonnes de chiffres, de graphiques qui finissent par rendre inintelligibles les idées directrices (Ex. Tableau sur quatre pages : 217-18-19-20 !). On reste noyé. J’attendais plus de la 3ème partie qui aborde la société des esclaves caféiers, leur mode de vie. Mais ici encore, le côté ethnographique, donc humain, est comme asséché par la trop grande abondance des chiffres et précisions (Phrase page 255 « Mon dépouillement… »)
Selon moi, il s’agit d’un travail remarquablement exhaustif quant aux habitations caféières de Martinique, une étude ethno -sociale essentielle sur un sujet très peu exploité MAIS dont la lecture s’adresse résolument aux spécialistes.