L’écho de la SHAASM n° 01


L’écho de la SHAASM

L’écho de la SHAASM

le lien entre malouins passionnés d’histoire

N° 01 20 mai 2020

Jules Dumont d'Urville — Wikipédia

Jules-Sébastien-César Dumont d’Urville (source illustration: Wikipedia)

  • Le mot du Président [Jean-Luc Blaise]
  • Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne
  • Dumont d’Urville [Gilles Foucqueron]
  • Dumont d’Urville et l’Australie [Raphaël Tréglos]
  • Les déportés Malouins, servannais et Paraméens morts dans les camps [Marc Jean]
  • Conseil culturel de Bretagne
  • Trésors d’archives à découvrir en ligne [Manonmani Restif]
  • In memoriam: Jean-François ESMELIN (1941-2020)
  • Clin d’oeil de fin…

Le mot du Président

Notre vie sociale tangue sérieusement.

Individuellement et collectivement obligés de composer avec les contraintes sanitaires, nous nous adaptons pour garder l’équilibre. Posant un regard distancié sur la période, le sociologue Edgar Morin file la métaphore de la navigation : « Nous essayons de nous entourer d’un maximum de certitudes, mais vivre, c’est naviguer dans une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se ravitaille… » L’histoire est sans doute l’un de ces lieux ressource. C’était le point de vue de Jean Delumeau au début de la pandémie du Sida. Il écrivait « Face à ces « malheurs » présents ou proches, la mémoire du passé peut nous être utile et le travail des historiens s’avérer nécessaire. Et la suite de son propos de 1987 résonne aujourd’hui avec une grande acuité : « Nous sourions […] lorsque nous lisons les « canards » du XVIe & XVIIe siècle, ils sont remplis d’anecdotes à dormir debout, toutes plus affreuses les unes que les autres, et de prédictions terrifiantes. Mais, nous aussi, nous mettons la catastrophe à la une. […] L’inflation du verbe et des chiffres reste un procédé sûr pour allécher la clientèle. En tout cas, les media ont désormais une responsabilité à la mesure de leur écoute. »

Peu à peu, ces jours-ci, nous sortons de cette congélation nationale qui a figé et suspendu le temps social. Chacun se demande ce qu’il est prêt à risquer pour retrouver les autres, dehors, masqués. Certains se dépêchent déjà. La société de l’impatience et de l’accélération rechigne à laisser du temps au temps. Pour beaucoup, un sentiment est en première ligne, la confiance. On le vit encore et l’histoire le confirme, une pandémie impose des mesures de quarantaine, d’isolement, de confinement. Chaque contact est rendu suspect. Elle est susceptible de diminuer la confiance des individus dans leurs semblables, donc dans la société, surtout si les autorités peinent à l’endiguer. Selon une récente étude italienne, la grippe dite espagnole de 1918-1920 a entamé la confiance des individus dans la société. Les populations ont internalisé l’étendue et la sévérité de l’épidémie. L’effet se transmettrait sur plusieurs générations.

Concernant la vie de notre Société, l’incertitude persistante sur l’évolution sanitaire et les possibilités légales d’organiser des rassemblements, il apparaît prudent de continuer à suspendre nos activités collectives jusqu’à septembre. Après échange avec le président de l’ADCC la conférence organisée conjointement en juin sera reprogrammée. Il en sera de même pour notre assemblée générale de juillet et la conférence d’aout.

D’autre part nous préciserons prochainement la reprise et les conditions d’ouverture de nos permanences et d’accès à notre bibliothèque.

Lors du cent-vingtième anniversaire, j’étais heureux de souligner que, même pendant les deux guerres mondiales, l’activité de la Société ne s’était jamais interrompue depuis 1899… mais voilà la Covid-19 a imposé ce que les armes n’avaient pas réussi à faire !

Le virtuel ne remplace pas nos relations mais nous permet de maintenir nos liens au moment où nous quittons un isolement individuel. Vous avez été nombreux à nous manifester vos encouragements pour cet Écho de la SHAASM, soyez-en remercié.

Le présent numéro propose un article de Marc Jean, Les déporté malouins, servannais, paraméens mort dans les camps. La conférence d’avril qu’il proposait avec une journaliste de France 24 devait commémorer le 75ème anniversaire de la libération des camps de déportation.

À Saint-Malo, on le sait bien, le nom d’un bateau a une grande importance, ainsi, dans l’histoire malouine « La Confiance » est nimbé de courage et de victoire ! A quai, actuellement le Dumont-D’Urville, Gilles Fouqueron saisit l’occasion pour nous parler de ce marin-explorateur, Raphaël Tréglos devant traiter de l’Australie dans une prochaine conférence y ajoute sa contribution.

Madame Manonmani Restif qui fut Conservatrice des Archives municipales, nous a envoyé un message de soutien et une contribution que nous avons plaisir à vous partager.
Je vous souhaite une bonne lecture et un bon retour à la vie sociale.

Nous sommes liés par l’histoire, cette passion malouine !

Jean-Luc BLAISE,

président

Conseiller culturel de Bretagne

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1- Le journal CNRS du 6 avril 2020

2- J.Delumeau et al., Les malheurs des temps. Histoire des fléaux et des calamités en France, Paris, Larousse, 1987, pp.15-16

3- Science Politique, J-M Pottier, Les pandémies s’attaquent à la confiance, in Sciences humaines n°326, juin 2020

4- La Confiance est la frégate corsaire « à coffres » avec laquelle Robert Surcouf s’empare du Kent le 7 octobre 1800.

    •  
  • Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne

Un siècle après la première assemblée générale, à Quimper le 9 septembre 1920, le Congrès du Centenaire de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, prévu à Rennes du 8 au 12 septembre, s’annonçait comme exceptionnel.

Mais l’incertitude persistante sur la possibilité même de tenir le congrès, a conduit à le reporter à septembre 2021. En effet, il était difficile d’envisager un congrès masqué (!) et il fallait aussi prendre en compte l’âge de beaucoup d’adhérents de la SHAB et de certains des communicants. « Il ne pouvait être question d’un congrès du centenaire au rabais. » précisent les organisateurs.

https://www.shabretagne.com

 

Société des Historiens du Pays de Retz
  • Dumont-d’Urville

L’émergence fulgurante d’un virus a amené au beau port de Saint-Malo, deux magnifiques unités. Elles appartiennent à l’armement du Ponant dont nous connaissons l’attachement pour le port de Saint-Malo, attachement naturel au regard du rôle essentiel joué par Jean Sauvée dans sa fondation.

Au quai Vauban, se sont amarrés le Champlain et le Dumont-d’Urville. Fondateur de Québec en 1608, Samuel Champlain a arpenté les rues malouines, closes dans l’enceinte médiévale de Saint-Malo. Pas moins de vingt et une fois, il a fait la traversée de l’Atlantique, mais à deux reprises, en 1607 et 1613, il choisit le port de Saint-Malo pour lieu de retour. Dessinateur à l’origine, il avait pour guide le Malouin François Gravé, sieur du Pont, plus communément connu sous le nom de Dupont-Gravé, à la mode malouine.

Deux siècles plus tard, une nouvelle page d’histoire maritime s’écrit, offrant à la France une part de continent et une œuvre essentielle. Originaire de Saint-Malo, un jeune lieutenant de vaisseau de 35 ans a pris passion pour la cartographie. L’évolution des instruments de mesure permettent enfin aux capitaines l’élaboration de nouvelles cartes. Les horloges dévoilent tous leurs secrets à ce jeune officier qui en tirera le surnom de Gauttier « l’Horloge ». Aux Terre de Haut et Terre de Bas des Saintes, un large de la Guadeloupe, succèdent les îles de la mer Égée. Capitaine de frégate, il reçoit le commandement d’une gabare au nom léger de La Chevrette. Cinq campagnes le conduisent dans cette mer grecque entre 1816 et 1820.

Son destin l’amène à accéder à la demande de l’amiral Hamelin. Originaire de la ville normande de Condé-sur-Noireau, un jeune enseigne de vaisseau, au caractère déjà affirmé – et qui ne fera que se confirmer – ne demande qu’à embarquer. Il a la passion d’être naturaliste. Les parfums l’enivrent. Rien de tel que les Cyclades pour égailler son humeur. Dominée par un volcan, Gauttier vient de mouiller l’ancre dans les eaux cristallines d’une des îles de l’archipel. Aux plages de sable noir succèdent d’autres à la couleur immaculée si des grains de couleur rouge, répondant au ciel bleu de la Méditerranée, n’y étaient pas mêlés.

Rien n’oblige cet enseigne à rester à bord et de bon matin : voilà Jules Dumont d’Urville embarquant à bord d’un canot pour le mener à terre. En compagnie d’un matelot, le voici arpentant les chemins insulaires, transportant avec eux boîtes à herbes et tubes à insectes. L’escale se prolonge. Au troisième jour, un homme vient à leur rencontre. Sa fonction est d’être l’agent consulaire de la France. Il a appris l’autre passion de Dumont : l’archéologie. Il veut l’alerter. Une fort belle statue vient d’être découverte par un paysan grec répondant au nom de Yorgos. Dumont parvient à convaincre son capitaine d’aller à sa quête. Pour cela, le chemin des remparts de l’antique Melos s’impose à eux. Une étable devient dès lors l’objet de leur mission. Là, sur un tas de fumier, une statue de marbre expose sa blancheur. Faite de deux blocs dissociés, une draperie glisse sur les hanches pour en masquer la jonction. Deux bras lui manquent et une légère mutilation de son nez n’altère nullement sa beauté.

Pour obtenir l’accord des autorités, Gauttier accepte de se détourner vers la porte d’Or, à Constantinople. Trop lourde, trop fragile, la Chevrette n’aura cependant pas l’honneur de la transporter en France. C’est à bord de l’Estafette que la Vénus de Milo prend la mer pour la terre de France.

Dumont d’Urville s’apprête maintenant à donner une portion d’un continent à son pays. Cook, Bougainville, La Pérouse ont montré la voie. Après la mer du Sud, devenu l’immense océan Pacifique, les mers australes appellent à la curiosité de l’Homme. Depuis des siècles, un continent est censé s’y cacher, sinon pour les hommes de la Renaissance, comment la Terre ne basculerait-elle pas sous le poids des continents de l’hémisphère nord. Ainsi, est née l’hypothétique Terre de Gonneville qui désespérément se cache aux yeux des vigies de tout navires. Certes des îles se découvrent : île Bouvet, dénommée par le malouin Bouvet du Lozier cap de la Circoncision pour s’être révélé le jour du 1er janvier, île Marion découvert par un autre Malouin Marion-Dufresne, inventeur également de l’archipel Crozet du nom de son second, tandis que Kerguelen nomme de son nom un archipel proche, laissant au capitaine de son vaisseau de conserve le soin d’y aborder à sa place. Iles, archipel, mais point de continent.

A l’image de la morue qui entraîna les marins vers les eaux de Terre-Neuve, les baleines et les éléphants de mer entraînèrent leurs chasseurs jusqu’aux abord des mers de glaces. Weddel, Ross sont les premiers à s’approcher au plus près de ce continent qu’est l’Antarctique. Les hautes falaises de glace des mers de Weddel et de Ross sont ainsi apparues au regard de l’Humanité en 1823 et 1841. Dans le sud de la Tasmanie, deux navires battant pavillon tricolore découvrent quant à eux une terre nouvelle. Dumont d’Urville assume le commandement de l’Astrolabe et de la Zélée. Nous sommes le 20 janvier 1840. Par 66° 36’ S et 140° 04’ E, le drapeau national prend possession de cette portion de continent. Par amour, le prénom de son épouse est choisi pour la désigner. Cinq jours plus tard, cette Terre-Adélie aurait été reconnue par un autre navigateur et la gloire serait alors revenue à l’Américain Charles Wilkes.

Ces deux événements justifient, à eux-seuls, la gloire de ce tempétueux Jules Dumont d’Urville, mais à son retour, alors qu’il prépare la publication de son Voyage au pôle Sud et dans l’Océanie, il profite d’une belle journée pour une promenade autour de Paris en compagnie de son épouse et de son fils âgé de seize ans. Le temps est à la modernité et le déplacement se fera de ce fait par la voie du chemin de fer. Nous sommes le 8 mai 1842. La journée s’achève et il est temps de rentrer sur Paris depuis Versailles. La famille Dumont d’Urville monte à bord d’un des wagons. Le préposé de cette ligne Versailles-Rive gauche ferme à clé la porte depuis l’extérieur. Pas d’ouverture possible depuis l’intérieur. Le risque qu’un passager puisse l’ouvrir et tombe sur la voie est trop grand. Le train s’ébranle, tracté par deux locomotives. Soudain, au passage à niveau du Pavé des Gardes à Meudon, une rupture d’essieu renverse la première voiture. La seconde voiture chevauche la première, suivi de toutes les suivantes. Le feu prend immédiatement et trouve toute son énergie dans le bois dont elles sont faites. Impossible pour les passagers de s’échapper. Officiellement, cinquante-sept victimes sont dénombrées, mais leur nombre est probablement beaucoup plus élevé. Dumont d’Urville et sa famille inscrivent une page d’histoire, malheureusement dans celle des faits divers… celle du premier accident ferroviaire en France.

Gilles Foucqueron

 

En complément à cet article de notre ami le Dr Gilles Foucqueron, voici la référence de l’un des ouvrages de la bibliothèque de la SHAASM mentionnant les voyages de Dumont d’Urville:

1697

910.41

COL

COLLECTIF

Voyages autour du monde de 1484 à nos jours : de Magellan à Dumont d’Urville.- T. 3

Bruxelles

Chez tous les libraires

1843

nota: ouvrage ancien exclu des prêts mais consultable en ligne sur books.google.fr (e-book)

Et, dans les annales de la SHAASM de 2010, le compte rendu de la conférence de Paul-Louis Paoli:

PAOLI

Paul-Louis

Dumont d’Urville: des Cyclades aux terres australes

2010

pp 107-124

nota: annales 2010 non encore disponibles en ligne sur Gallica mais voir la présentation de cette conférence: http://www.shaasm.org/evenement/conference-du-15-fevrier-2010/

 

  • Dumont d’Urville et l’Australie

Le remarquable scientifique, marin et explorateur qu’est Dumont d’Urville a donc joué un rôle essentiel dans l’exploration de la Nouvelle Zélande et la découverte de la Terre- Adélie mais aussi – et cela est moins connu – de l’Australie (l’ancienne « Nouvelle-Hollande ») .

Toute la littérature et documentation disponible (majoritairement anglo-saxonne) ne tarit pas d’éloge sur les apports des explorateurs français des XVIIIe et XIXe siècles dans les connaissances des terres et océans de la zone Indo – Pacifique Sud.

Mais, en particulier, une période durant laquelle la France a été à plusieurs reprises à deux doigts de prendre le contrôle d’au moins une partie occidentale du continent australien est le premier tiers du XIXe siècle. En effet se succèdent alors trois expéditions:

1822-1825 Duperrey sur la Coquille, avec Dumont d’Urville comme second,

1824-1826 Bougainville (Hyacinthe, fils du grand Louis-Antoine) sur la Thétis et l’Espérance

1826-1829 Dumont d’Urville sur l’Astrolabe (ex-Coquille)

Les objectifs de l’expédition de Duperrey, fixés par Clermont-Tonnerre, ministre de la Marine, étaient essentiellement scientifiques, avec toutefois l’encouragement à saisir toute opportunité à caractère politique et colonial:

« s’arrêter au pays de Leeuwin sur la côte sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, afin d’examiner la nature du sol, en particulier à la Swan River [où se développera la future capitale Perth de l’état de WA] et à King George Sound [où se développera la métropole d’Albany], pour savoir si cette partie de la Nouvelle-Hollande était susceptible de recevoir une colonie »…

… d’autant que « l’acte de possession du pays avait déjà été revendiqué par Saint-Aloüarn au nom du Roi de France » [en 1772!]

Duperrey fait un voyage remarquable au niveau scientifique dans le Pacifique et les îles de la Sonde mais sur le long trajet Ambon Island > Port Jackson (futur Sydney), il ne fait aucune escale et navigue loin des côtes occidentales et méridionales de l’Australie pour des raisons officielles d’impératifs de navigation (très crédibles) mais surtout – et cela semble plus difficile à justifier – par décision délibérée.

Bougainville « le jeune » a aussi des instructions analogues, devant examiner les ressources de Rottnest Island et de l’île voisine de Garden Island. Mais, suite aux graves problème de santé de son équipage à Java, lui non plus ne fait pas d’escale en Australie avant Port Jackson, peut-être aussi par crainte d’une réaction anglaise. Pourtant, dans ses propres rapports transmis à Paris, il confirmait que la Grande-Bretagne était en position de faiblesse dans la région où des présences française, anglaise, hollandaise, espagnole et portuguaise cohabitaient.

Pour son expédition de 1826, Dumont d’Urville lui, n’a justement pas d’instruction concernant l’Australie Occidentale (c’est Jules Blosseville qui a établi un plan pour installer une colonie à King George Sound mais dont la mission est annulée). Or, en passant très au large de la côte sud de l’île-continent en vue d’atterrir directement à Port-Jackson, l’Astrolabe essuie une tempête terrible (des creux de 30 mètres – un des meilleurs matelots y laisse la vie), vire donc cap au nord et, après être passé sous le cap Leeuwin trouve un bon mouillage dans King George Sound.

Dumont d’Urville y est agréablement surpris par le bon accueil des aborigènes et constate l’absence d’implantation anglaise à l’exception de quelque pêcheurs de phoques débarqués ou déserteurs. En repartant vers Port Jackson, il fait escale à WesternPort [future Melbourne], puis sur la côte Est à Jervis Bay. A chaque fois, il bénéficie de contacts amicaux avec les locaux et s’étonne du fait que les anglais n’ont absolument rien développé dans ces rares sites maritimes naturellement abrités. En particulier, il est vivement impressionné par la région verte et fertile de King George Sound, dont il dira dans son rapport au Ministère de la Marine: « s’il y a un endroit convenable pour une colonie dans cette région, c’est bien celui-ci« .

Arrivé à Port Jackson, il est surpris de l’accueil très froid de Darling, le Gouverneur des New South Wales (NSW): celui-ci finit par répondre favorablement mais avec réticence aux demandes de l’officier français et le prévient qu’il vient d’envoyer à WesternPort et au King George Sound le Major Lockyer à la tête d’un régiment d’infanterie (qui a donc croisé la route de l’Astrolabe en sens inverse!) en vue d’étendre la zone coloniale des NSW plus loin vers l’ouest du pays.

D’Urville établit par ailleurs de bonnes relations avec le Captain James Stirling, qui lui permet d’achever les préparatifs pour la poursuite dès décembre 1826 de sa mission vers la Nouvelle Zélande avec le succès que l’on connaît.

Dès janvier 1827, Stirling part explorer la Swan River et convaincra Darling et l’Amirauté Britannique d’y envoyer Lockyer et d’établir en 1829 à partir de cette région [future Perth] la nouvelle colonie Britannique de Western Australia, complétant ainsi la mainmise anglaise sur l’ensemble du continent puis, à partir de 1840, sur la Nouvelle Zélande .

Raphaël Tréglos

Sites australiens du voyage de Dumont d’Urville 1826 – 1829

    •  
  • Les déportés Malouins, servannais et Paraméens morts dans les camps

Le dimanche 26 avril devait être « la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation », elle devait marquer aussi le « 75e anniversaire de la libération des camps nazis ». En raison du confinement la cérémonie et les activités prévues autour de cette journée n’ont pas eu lieu.

Les premières recherches sur les déportés malouins ont été réalisées dans les années 80 par Roland Mazurié des Garennes alors président du Comité de Saint-Malo du Souvenir Français. Ce travail a été réalisé avec les moyens de l’époque en faisant appel à la mémoire collective et en récupérant çà et là un nom, des bribes de parcours, une photo… Aujourd’hui, à l’heure du numérique, ces recherches sont un peu plus aisées. Des sites comme le Mémorial de la Shoah, Yad Vasheim, Holocaust US permettent de retrouver les déportés d’extermination. Mémoire de guerre, Morts dans les camps, la fondation pour la mémoire de la déportation (AFMD), les sites des amicales (Dora, Neuengamme, Ravensbrück…) concernent eux plutôt les déportés de répression.

La situation actuelle n’a pas permis de rendre un hommage collectif aux malouins morts en déportation. Pourtant, nous pouvons individuellement nous rappeler qu’ils étaient une soixantaine, des hommes, des femmes, des enfants, âgés de 8 mois à 80 ans. Ils s’appelaient Abraham, Nissim, Hortense, Anne, Daniel, Nicole, Eugène, Marcel… Ils étaient nés ou résidaient à Saint-Malo, Saint-Servan ou Paramé. Tous ont péris dans les camps nazis, certains le jour de leur arrivée d’autres après de longues périodes de souffrance et de privation. Il faudrait plus d’un article pour présenter tous leurs parcours tellement ils sont différents, voici cependant quelques portraits de femmes :

Marie BERENGER est née le 2 décembre 1865, à Rennes. Sympathisante communiste, elle fait partie depuis octobre 1940 des 12 membres du groupe d’Isidore Leroux (Fusillé au Mont Valérien). Ils rejoignent le Front national à sa création en mai 1941. Sa maison située avenue de Lorraine à Paramé accueille les résistants ainsi que leurs armes, leurs explosifs et leurs tracts.  Ils collectent des informations sur les mouvements du port et le minage de la baie de Saint-Malo.

Arrêtée une première fois le 25 septembre 1942, au motif qu’elle trouble l’ordre public, Marie est transférée à Rennes. Elle réussit néanmoins à faire passer un plan de sa maison indiquant les caches non trouvées lors de la perquisition de son domicile. Incarcérée trois mois à Rennes, elle est relâchée faute de preuve et en raison de son âge (77 ans). De retour à Paramé, elle reprend ses activités clandestines.

Elle est arrêtée une seconde fois en septembre 1943 et incarcérée à la prison Jacques Cartier à Rennes jusqu’au 2 août 1944, date à laquelle elle est déportée dans le train dit « de Langeais » qui arrive à Belfort le 15 août. Marie est transférée vers Ravensbrück le 1er septembre. Elle va subir les brutalités, les privations, pendant 3 mois et décède le 4 novembre 1944 à l’âge de 79 ans.

Marie-Julienne ROZÉ est née le 19 novembre 1916 à Saint-Briac. Avocate auprès du tribunal de Saint-Malo, elle intègre dès 1940, le réseau franco-polonais F2 du Docteur Andréis où elle aide des réfugiés politiques tchèques et des familles israélites à passer en zone libre, ce réseau deviendra Delbo-Phénix.

Le 3 mai 1942, un avion de la R.A.F est abattu par la D.C.A au-dessus de Saint-Malo et s’écrase près de Cézembre. Le corps du pilote est repêché, ses obsèques ont lieu le 5 mai à la chapelle Saint-sauveur puis au cimetière de Rocabey, cérémonie à laquelle participe Marie-Julienne Rozé. Une couronne à croix gammée déposée sur la tombe de l’aviateur par les Allemands est détériorée et souillée par la foule. En réponse à cet acte, les allemands remplacent la couronne et obligent les malouins à garder la sépulture jour et nuit pendant 7 jours. Plusieurs malouins sont condamnés à des peines allant jusqu’à 2 mois d’emprisonnement à Rennes.

Le 23 mai, c’est au tour de Marie-Julienne d’être convoquée au tribunal. Elle arbore ce jour-là fièrement une croix de Lorraine sur son corsage. Elle est jugée l’après-midi par le Tribunal de Guerre Allemand, dans la salle des grands hommes du château. Elle est condamnée à deux ans de travaux forcés. Elle est transférée à la prison de Troyes fin 1942. Le 23 juillet 1943, elle est déportée à Ravensbrück, puis transférée à la prison de femmes de Lübeck, puis à celle de Dortmund en octobre 1944 pour rejoindre un Kommando de femmes chargées de fabriquer des munitions. Marie Julienne Rozé est décédée entre octobre et décembre 1944 dans le camp de Dortmund.

Alexandrine BOYAUX (dite Geneviève) est née le 5 juillet 1894 à Paris 14ème. Directrice de l’Ecole Pigier, elle résidait 5 rue de Porcon de la Barbinais à Saint-Malo. Elle rédigeait, avec Julienne Rozé, les tracts relatant les faits et gestes des Allemands, les décisions du Gouvernement de Vichy et transcrivait les émissions de la B.B.C.

Arrêtée, le 29 juillet 1942 à Saint-Malo, elle est incarcérée à Rennes, puis transférée à Compiègne d’où elle est déportée le 28 avril 1943 vers Ravensbrück (Matricule 19408). Après 2 ans de souffrance, elle est gazée le 7 mars 1945.

Anne NOURY est née le 3 juin 1901 à Saint-Malo. Fille d’un médecin Malouin, elle est diplômée de la Faculté de Médecine de Paris en 1937 et devient médecin du Travail et gynécologue à Châtenay-Malabry (92). Au début de la guerre elle est installée à Paris et entre dans le groupe de Résistants « Combat Zone Nord« . Elle cache un agent secret anglais qui quelques temps plus tard est arrêté, torturé et livre le nom du médecin qui l’a abrité.

Anne Noury est arrêtée le 25 octobre 1941 et incarcérée à la prison de La Santé à Paris. Elle est déportée le 14 avril 1942 vers Sarrebruck et condamnée le 12 octobre 1943 à sept ans de travaux forcés, elle est de nouveau transférée en novembre 1943 vers la prison de Lübeck, en avril 1944 vers la prison de Cottbus, puis le 15 novembre 1944 à Ravensbrück et le 3 mars 1945 à Mauthausen d’où durant le mois d’avril suivant elle accompagna un convoi de malades vers le camp de Bergen-Belsen. Le camp est libéré le 15 avril 1945, Anne Noury décède du typhus le 10 mai 1945 peu de temps avant le rapatriement des déportés.

Il y aurait tant à écrire sur ces hommes et ces femmes, ces enfants. Il reste peu de traces d’eux, je possède quelques photos récupérées sur des sites, quelques biographies rédigées pour certaines il y a fort longtemps et forcément erronées au vu des connaissances actuelles. Si vous possédez des documents en lien avec ces personnes, je serai heureux de pouvoir juste les numériser afin de constituer, enfin, une base exhaustive des déportés malouins morts en déportation.

Marc Jean

Directeur des Archives de Saint-Malo

Vice-Président de la SHAASM

 

Marie-Julienne ROZÉ

Marie BERENGER

 

  • Trésors d’archives à découvrir en ligne

Le développement du web a révolutionné les pratiques de la recherche historique et les archivistes s’adaptent à la nouvelle demande grâce à d’importantes campagnes de numérisation et de mise en ligne de documents, mais aussi en multipliant les inventaires.

Le portail national d’accès aux archives françaises, francearchives.fr, et son équivalent européen, archivesportaleurope.net, ont pour objectif d’offrir à tout chercheur un accès fédéré à des ressources disséminées entre plusieurs dizaines de services d’archives. Ils permettent par exemple de repérer par une simple recherche « Saint-Malo » des nombreux documents intéressant l’histoire malouine, conservés en dehors d’Ille-et-Vilaine. Certains sont numérisés et l’historien pourra y accéder directement, d’autres ne le sont pas, il faudra se déplacer ou écrire… après le confinement bien sûr.

Ainsi, FranceArchives propose 4 323 références d’archives conservées dans 33 institutions hors d’Ille-et-Vilaine, dont 587 sont numérisées. On y repère par exemple :

Sans compter des nombreuses cartes postales, affiches et photographies relatives à Saint-Malo.

Le Portail européen des archives signale 2 127 références, dont 27 documents numérisés conservés en Espagne, aux Pays-Bas, en Suisse et en Belgique. En Espagne, il est fait mention de négociants et autres Malouins commerçant avec l’Espagne ou l’Amérique du Sud dans les archives des Indes ou celles de l’Inquisition. Aux Pays-Bas, il faut signaler le fonds d’archives du collège d’Amersfoort où se réfugièrent les jansénistes refusant la bulle Unigenitus. Les Archives d’Utrecht les ont classées et numérisées : elles contiennent une riche correspondance, entre autres une lettre de Desmarets, évêque de Saint-Malo en 1717 et plusieurs autres Malouins dans les années 1730.

Ces portails agrégateurs sont enrichis au fur et à mesure des classements et des adhésions des services d’archives. Ils sont encore loin de présenter toute la richesse des ressources archivistiques françaises et chaque visite permet de découvrir de nouveaux documents.

Manonmani Restif

Exemple d’écran de recherche sur francearchives.fr

 

Conseil culturel de Bretagne

 

Le Conseil culturel de Bretagne vient de publier sa première Lettre d’information #1. Le président Bernez Rouz y rappelle que « Le Conseil culturel de Bretagne entre dans une phase nouvelle au service des acteurs culturels de Bretagne et plus que jamais notre rôle de conseil aux élus doit s’affirmer. » Ce numéro présente l’enquête Covid 19 qui souligne que les associations bretonnes sont fortement impactées mais toujours actives. Pour mémoire, la Bretagne compte au moins 65 000 associations avec 550 000 bénévoles et 100 000 salariés. L’enquête lancée par le Mouvement associatif a débuté le 20 mars afin de mesurer les impacts de la crise actuelle sur les associations. Plus de 12 000 réponses en 10 jours, qui témoignent de l’inquiétude grandissante des associations. Pour une majorité d’entre elles (62 %), il y a une mise en sommeil, avec moins de 20 % des activités possibles. 40 % réfléchissent ou ont déjà mis en place des activités de substitution pour continuer à agir à distance. JLB https://www.lemouvementassociatifdebretagne.bzh/enquete-covid-19-

 

  • In memoriam: Jean-François ESMELIN (1941-2020)

À Solidor, le pavillon est en berne sur l’Ar Zenith.

Jean-Francois Esmelin vient de disparaître. Il était l’un des initiateurs d’Ar-Zénith Amicale France Libre, association visant à conserver le premier navire civil ayant mis le cap sur l’Angleterre, en juin 1940, pour répondre à l’appel du Général de Gaulle ; classé monument historique en 1999.

Passionné d’histoire maritime, cet homme de projets s’était aussi impliqué dans la dynamique associative autour du Renard et de la bisquine La Cancalaise, militant pour la restauration de nombreux autres bateaux traditionnels.

Ancien professeur de physique du lycée Jacques-Cartier, il savait manier la plume et l’accordéon ! Il mit aussi sa voix de baryton au service du chant de marin, d’abord avec les Corsaires malouins, puis avec Les Boucaniers. Ses 250 chansons se sont imposées comme références incontournables des fêtes maritimes. Les mélodies et les textes restituent des éléments et des ambiances de la vie d’antan, en mer et au port.

« À Saint-Servan lorsque le vent

Souffle en tempête

Au chaud dans un café du port

Les vieux marins rêvent encore … »

À écouter :

https://www.youtube.com/watch?v=P1tT3wWcNO8

Jean-Luc Blaise

 

  • Clin d’oeil de fin….

One comment on “L’écho de la SHAASM n° 01”

  1. ROUCHERAY Pierre dit :

    Je suis autant enchanté par le programme de cet écho n° 01 que par le précédent. !
    C’est très bien de maintenir le contact avec les adhérents !
    Espérons toutefois que cet Echo aura une existence éphémère malgré son intéret !
    Pierre ROUCHERAY .

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